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POINT DE VUE

Hélène Jacquot-Guimbal, Directrice générale de l’IFSTTAR

« Réussir les transitions que nous sommes en train de vivre »

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Directrice générale de l’Institut Français des Sciences et Technologies des Transports, de l’Aménagement et des Réseaux (IFSTTAR), Hélène Jacquot-Guimbal préside aussi le conseil d’administration de l’école nationale des travaux publics de l’état.

 

En tant que directrice générale de l’IFSTTAR, quelle est votre « vision » de la mobilité intelligente ?

Notre activité est au cœur de la vie quotidienne des Français : comment avoir moins de morts et de blessés sur les routes ? Comment faire pour que nos transports en commun partent et arrivent à l’heure ? Comment réduire la congestion routière par une meilleure exploitation des infrastructures ? Comment entretenir un important patrimoine d’ouvrages d’art, avec des budgets publics incroyablement contraints, sans céder sur la sécurité des usagers ? La mobilité intelligente, la mobilité de demain, c’est tout cela, et plus encore : ce sont aussi les véhicules autonomes, les véhicules communicants, propres, respirables, le transport d’énergies renouvelables, les nouveaux services de mobilité, le partage, la collaboration, la ville connectée avec ses réseaux de capteurs, ses nouveaux matériaux de construction issus du recyclage, la modélisation numérique virtuelle de l’homme mobile, les systèmes de transport adaptés aux évolutions climatiques et résistant aux risques naturels. Et c’est une mobilité sûre, dans une société responsable !
Notre activité sert donc à anticiper, préparer, en un mot à réussir les incroyables transitions que nous sommes en train de vivre : transition écologique, énergétique, numérique, climatique. C’est pour cela que nos tutelles au ministère de l’environnement, de l’énergie et de la mer, et au ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, nous demandent d’oeuvrer pour la « mobilité intelligente », dans une économie plus sobre et plus circulaire, davantage tournée vers l’épanouissement de tous les êtres humains dans toutes leurs composantes personnelles.

Quels sont les axes stratégiques de l’IFSTTAR en matière de mobilité ?

Les systèmes de mobilité sont déterminants pour le fonctionnement des sociétés modernes, que ce soit dans les contextes urbains et périurbains ou dans les espaces ruraux. Ce n’est pas par hasard que le premier des cinq axes transversaux qui structurent l’activité de l’IFSTTAR s’intitule « Transporter efficacement et se déplacer en sécurité ». Il s’agit concrètement :
• d’améliorer la fiabilité des transports de personnes et de marchandises, dans leurs différents modes et usages, à coûts et externalités maîtrisés ;
• de renforcer la sécurité et l’ergonomie des déplacements, pour une mobilité sereine et respectueuse de la vie humaine ;
• de progresser dans les systèmes et services pour une mobilité multimodale, intelligente, propre et « sans couture » (c’est-à-dire qui ne laisse pas d’impression de rupture ou de discontinuité entre les services de transport utiliséslors d’un même déplacement).

Il y a de nombreuses opportunités technologiques en développement comme en émergence, comme le synthétise le Livre Vert « Mobilité 3.0 » de l’ATEC ITS France. Les services utilisant les STI sont tirés par les demandes des usagers.

Justement, dans ces domaines, sur quels programmes ou projets de  recherche précis travaillez-vous ?

Nos programmes de recherche sont construits autour de grands équipements de recherche (équipements physiques, gros logiciels de simulation, bases de données de mobilité et de sécurité routière) et du savoir-faire acquis par les équipes de chercheurs. Nous avons cette particularité assez unique de savoir mobiliser immédiatement des équipes pluridisciplinaires capables de conjuguer aussi bien les sciences pour l’ingénieur que les sciences humaines et sociales. Bien entendu ces travaux ne se conçoivent qu’en fort partenariat avec l’environnement scientifique, par exemple avec les ComUE (communautés d’universités et d’établissements) des sites sur lesquels nous sommes implantés. Mais aussi au plan européen et international, avec des partenariats ciblés et de long terme. L’IFSTTAR est fortement impliqué dans plusieurs projets en lien avec la mobilité et la transition numérique. Ceux-ci s’attachent à différents volets qui peuvent concerner aussi bien l’analyse de la mobilité à partir du numérique, l’influence du numérique dans les pratiques de mobilité,
les nouveaux services de mobilité, les plateformes de simulation (moto) cycliste, piétonne et routière, les outils de modélisation du trafic, ainsi que les interactions entre mobilité et organisations spatiales urbaines et territoriales. Financé dans le cadre du Predit, le projet MOBILLETIC, en cours, est dédié à l’analyse de la mobilité des usagers de transport en commun à l’aide de données de billettique dans la ville de Rennes. L’enjeu est d’exploiter les traces numériques de type données de billettique ou traces de téléphonie mobile, en respectant scrupuleusement les règles d’anonymat et de respect de la vie privée, pour connaître les déplacements et alimenter les études de trafic en étant plus précis, plus rapide et moins cher.
L’IFSTTAR et l’Ecole nationale des ponts et chaussées ParisTech sont en ce moment partenaires dans le projet « Modélisation de solutions de mobilité » (MSM) financé par le Programme d’investissements d’avenir, porté par l’Institut de recherche technologique SystemX.
Ce projet aborde les nouvelles offres de mobilité liées au partage (covoiturage, auto-partage, taxis partagés…) avec un focus sur l’impact des aménagements/ projets urbains à l’échelle du quartier. Nous travaillons également au développement d’outils de simulation de la mobilité. Des importantes expérimentations de terrain sont prévues prochainement dans le quartier de la Défense, en partenariat avec l’Institut de transition énergétique Efficacity.

De quelle manière le monde de la recherche et le monde industriel collaborent-ils : est-ce satisfaisant ? Que faudrait-il faire évoluer ?

L’innovation est une priorité, si ce n’est la priorité. En tant qu’établissement public à caractère scientifique et technologique, nous voulons intensifier les collaborations du meilleur niveau avec les partenaires économiques, industriels, les communautés professionnelles, les pôles de compétitivité… sans oublier les collectivités territoriales, car c’est dans les territoires que l’innovation saura produire les fruits les plus durables.
Les chercheurs doivent pouvoir être accompagnés, le cas échéant avec des méthodes dédiées (comme celles issues de sciences sociales : open innovation). Il s’agit de favoriser le montage de projets prospectifs ou en rupture. Il s’agit aussi de penser dès le début (dès l’amont) à ce qui sera la meilleure appropriation collective d’une innovation qui est en train de se dessiner.
Pour que ses produits finissent par être mis à disposition de la société, un institut de recherche ne doit pas hésiter à être lui-même un acteur de la mise sur le marché, notamment en développant des spin off et en s’appuyant sur des industriels (un institut de recherche doit aussi savoir se retirer le moment venu et consacrer son temps de travail… à la recherche). La création d’un spin off est parfois pour le chercheur une très bonne opportunité de création de valeur autour de son projet scientifique. A l’IFSTTAR nous voulons amplifier les partenariats avec les start-up et les spin off dans l’ensemble de nos domaines, notamment avec la communauté « Green Tech verte ». Pour répondre à la dernière partie de votre question, je pense qu’il y a lieu de développer une offre de partenariat et de transfert spécifique aux PME et ETI. C’est indispensable pour les aider à rejoindre les projets de recherche collaborative partenariale. D’ailleurs le ministère chargé de l’enseignement supérieur et la  recherche l’a noté dans ses Mesures de simplification.

Texte écrit avec l’aide de Jean-Bernard Kovarik ; DGA, Latifa Oukhellou, Alain L’Hostis et Guillaume Uster; chercheurs à l’IFSTTAR.

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