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Editorial du dossier

Fabien Leurent – Professeur École des Ponts Paris tech


Évaluer une exPÉrimentation dans son contexte territorial est essentiel

Partager les moyens de transport : une grande idée, un principe fondateur pour rendre la mobilité plus durable. Les transports collectifs comme les infrastructures de circulation et de stationnement sont emblématiques d’une telle logique. Pour aller plus loin, il reste à partager les véhicules de taille petite ou médiane, allant de la trottinette jusqu’à l’automobile : c’est tout l’enjeu des Services de Mobilité Partagée (SMP). En général, un tel service repose sur un partage en deux dimensions : il y a bien sûr le partage « horizontal » entre des usagers, mais aussi un partage « vertical » entre des acteurs complémentaires amenés à coopérer. Promoteurs des services, collectivités territoriales et administration nationale, équipementiers et fournisseurs, ou encore ingénierie-conseil et recherche, sont concernés.

Il est donc tout naturel que l’Association ATEC ITS France, destinée aux échanges constructifs d’information entre ces parties prenantes, traite des SMP dans ses manifestations publiques et en particulier dans sa revue TEC : Mobilité intelligente. Le dossier spécial de ce numéro de TEC contribue à cet échange d’information : il présente des expérimenta- tions de services partagés et s’intéresse à leur évaluation. Les services abordés sont variés : vélopartage, autopartage, covoiturage, le taxi et d’autres transports à la demande. Les terrains d’implantation sont principalement urbains puisque la densité de la demande favorise la constitution d’une offre plus abondante donc plus attractive. Cependant les territoires diffus, aux franges urbaines et en monde rural, présentent aussi un grand enjeu social de desserte par des trans- ports publics.
Les diverses expériences rapportées dans le dossier donnent une vision d’ensemble. Pour autant elles ne résultent pas d’un plan d’expérience systématique mené méthodiquement. La mobilité partagée n’a pas encore fait l’objet d’un plan national de développe- ment multimodal et d’expérimentation concertée.

Chaque expérience fait la part belle au territoire d’implantation : les conditions locales sont des facteurs déterminants, entre densité de la demande, puissance des modes concurrents privés ou publics, soutien financier des collectivités territoriales, octroi de conditions privilégiées pour stationner ou pour circuler sur des voies réservées. Ces conditions locales s’ajoutent aux conditions générales établies en une dizaine d’années grâce à l’internet et au smartphone : les applications mobiles basées sur des plateformes qui mettent en relation l’offre et la demande, sont un atout majeur pour faciliter la rencontre et réduire les temps de transaction à la fois pour le client et pour le prestataire. Une présentation sensible et circonstanciée des conditions contextuelles devrait constituer la base d’un « cahier d’expérience » à tenir par les porteurs d’une expérimentation afin d’en préparer l’évaluation. Les indicateurs quantitatifs, dont les valeurs synthé- tiseront les résultats de l’expérience et permettront sa comparaison à d’autres, prennent toute leur signification relativement au contexte particulier.

La combinaison des facteurs particuliers et leur do- sage respectif sont cruciaux pour tout service à la recherche d’une rentabilité. En France la compagnie Uber cantonne son offre de service aux villes les plus importantes ; alors qu’en Amérique du Nord elle des- sert des territoires bien plus vastes. Autrement dit, l’équation économique du service constitue un critère primordial pour en évaluer la pertinence. Le producteur du service évalue ses recettes et les subventions publiques autant qu’il évalue ses coûts de production.

Du côté de la collectivité, l’évaluation est tout aussi nécessaire pour justifier le bien fondé du service et le bon emploi des moyens publics mis à disposition : subvention et fiscalité, facilités de stationnement et de circulation, information citoyenne, intermodalité… Les indicateurs devront traduire les impacts non seulement sur l’économie mais aussi sur l’environne- ment et sur la société. Impact par impact, la « performance » du service est à comparer avec celle d’un autre moyen de transport : souvent la voiture particulière à moteur thermique pratiquée en autosolisme. Il s’agit bien de raisonner en « coût d’opportunité », comme disent les économistes.
L’impact pour la société est à concevoir et à évaluer non seulement par le niveau d’utilisation mais aussi par la qualité d’accès que propose le service : en effet, la possibilité d’en disposer à tel endroit et à tel moment contribue à l’accessibilité du territoire. Le temps d’accès et la ponctualité sont des composantes à part entière de la qualité de service, importantes pour les usagers et par conséquent pour l’utilité sociale du service.

Ce sont là quelques points de repère pour lire chaque article du dossier. La plupart de nos auteurs sont extérieurs aux services qu’ils examinent : cette posture ex- terne facilite l’objectivité de l’évaluation. Mais l’objectivité n’implique pas la neutralité. Comme le partage des moyens de transport est important pour la mobilité durable, les évaluateurs sont attentifs aux facteurs de succès des solutions examinées et, le cas échéant, ils se font aussi auteurs de recommandations.

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