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Point de vue

Ibrahima Kone, Président de l’Association Ivoirienne AITI ITS

Président de l’Association Ivoirienne pour le développement des systèmes de Transports Intelligents (AITI ITS), qui œuvre pour le développement des ITS en Côte d’Ivoire ; Ibrahima KONE nous livre son point de vue sur les problématiques de la mobilité en Côte d’Ivoire et sur les opportunités d’une coopération francophone des ITS.

 

 

« FAIRE ÉMERGER LE SAVOIR-FAIRE FRANCOPHONE EN MATIÈRE DE SYSTÈMES DE TRANSPORTS INTELLIGENTS »

Votre association a été créée en décembre 2016 suite au congrès mondial des ITS de Bordeaux. C’est donc une jeune association. Quel est son objectif ?
L’objectif principal d’AITI ITS COTE D’IVOIRE est de mettre en place une plateforme de promotion et de développement des systèmes de transports intelligents en Côte d’Ivoire. Elle doit permettre une synergie d’actions au niveau de l’ensemble des acteurs que sont les entreprises privées, les administrations en charge de la gestion des transports, les collectivités territoriales et enfin toutes les énergies pour la recherche et l’innovation. C’est un vaste chantier au vu des problèmes auxquels nous sommes confrontés.

Votre association regroupe l’ensemble des acteurs ivoiriens impliqués dans les Systèmes de Transports Intelligents (ITS), quelles sont les problématiques de la Côte d’Ivoire en termes de mobilité?
Les problématiques de notre pays sont celles de tous les pays africains, à quelques différences près. À l’horizon 2050, la pression démographique va continuer de s’accroître, avec environ 66 % de la population mondiale dans les zones urbaines. En Afrique, nos villes recevront plus de 500 millions de citadins supplémentaires. Le transport et la mobilité étant le cœur de nos villes, il est capital que toutes les problématiques liées à ces deux variables soient traitées en priorité. Les problèmes de congestion, de sûreté et de sécurité routière, de billettique et de structuration même de l’offre de transports publics — dans une optique multimodale— sontles défis les plus difficiles à relever en Afrique. Il nous faut donc plus d’audace, plus d’in- novation dans la recherche de solutions pérennes et constantes. Les systèmes de transports intelligents demeurent l’une des voies les plus sûres.
Ces solutions permettront aux populations de se déplacer plus rapidement et en toute sécurité. Grâce à ces solutions, les administrations en charge de la gestion des politiques de transports bénéficieront ainsi d’outils qui leur per- mettront de mieux planifier, de répondre aux besoins des populations et de mettre à disposition des gouvernants des stratégies claires qui prennent en compte les citoyens. Tout cet ensemble positionne les solutions des systèmes de transports intelligents au cœur des problématiques posées dans nos pays.

Votre pays bénéficie, comme d’autres pays du continent africain, d’un système numérique très effervescent avec de nombreuses solutions innovantes, notamment en matière de mobilité. Pouvez- vous nous en dire davantage ?
Effectivement, la Côte d’Ivoire est l’un des pays où nous avons un écosystème numérique en pleine effervescence. Je vous donne quelques chiffres: 30 millions d’abonnés à la téléphonie mobile, 17 mil- lions à l’internet, un peu plus de 10 mil- lions aux solutions de paiement mobile (mobile money). Nous avons un écosystème qui permet de déployer un certain nombre de solutions digitales en relation avec la mobilité. D’ailleurs la Côte d’Ivoire est l’un des pays précurseurs en Afrique au niveau des VTC (Véhicule de Tourisme avec Chauffeur). Nous avons déjà un certain nombre d’entreprises qui se sont lancées dans ce domaine. Ensuite nous avons certaines initiatives en termes de billettique, avec la société publique de transport abidjanais (SOTRA), qui vient de lancer des solutions innovantes en matière de billetterie électronique. Une des spécificités en Afrique — et particulièrement en Côte d’Ivoire — reste l’accès au paiement mobile. Dans un environnement à faible taux de bancarisation et l’avènement des Smartphones, le paie- ment mobile permet un certain nombre de transactions liées à la mobilité.

Une coopération bilatérale est née en juin 2017, à Strasbourg dans le cadre d’un MOU (Memorandum Of Understanding), entre votre association et l’ATEC ITS France. En quoi consiste cette coopération ?
C’est l’occasion pour moi de remercier Monsieur Pierre CALVIN, Président de l’ATEC ITS France, qui s’est impliqué personnellement dans l’aboutissement de cet accord, qui fonctionne bien. Nous avons constamment des invitations pour participer aux différents congrès organisés par ATEC ITS France. Nous en sommes à notre deuxième participation aux Rencontres de la Mobilité Intelligente. C’est surtout pour nous l’occasion de poursuivre cette initiative à laquelle nous travaillons avec ATEC ITS France. Nous collaborons également avec d’autres associations de promotion des systèmes de transports intelligents dans le monde, pour permettre l’expression de cette expertise francophone en matière de développement et de nouvelles technologies appliquées aux systèmes de transport. Notre souhait est de faire du tandem ITS France – ITS Côte d’Ivoire le fer de lance dans cet espace francophone où va se côtoyer cette expertise, qui est réelle et avérée sur un marché, dans lequel nous avons des besoins spécifiques. La langue et les valeurs que nous partageons peuvent être des facteurs de rapprochement et de développement. Je rappelle que le premier congrès des ITS s’est tenu à Paris en France. Dans ce cadre, nous devrions pouvoir réaffirmer le rôle prépondérant de ces entreprises et faire en sorte que les ITS se développent avec ce cachet francophone.

Vous souhaitez désormais aller plus loin et tendre vers une vision francophone commune des ITS. En quoi pourrait consister cette initiative ITS Francophone et dans quel objectif ?
Comme évoqué il y a quelques instants, je dirais que l’objectif principal est de mettre ensemble des pays qui ont en commun l’usage de la langue française. Aujourd’hui, nous, pays francophones, avons des spécificités liées à la culture que nous partageons et nous avons aussi nos particularités économiques. Pour nous, c’est l’occasion de faire émerger et de faire ressortir ce savoir-faire francophone en matière de systèmes de transports intelligents. Grâce à cette expertise, nous souhaitons d’un côté faire se rencontrer des entreprises qui innovent avec des solutions efficientes et de l’autre des pays demandeurs. C’est également l’occasion pour nous de lancer des projets expérimentaux dans des pays francophones. Certaines entreprises ont développé des solutions pour répondre à des besoins et les expérimentent dans des environnements réels. C’est un vrai cadre d’échanges que nous voulons mettre en place.

Si vous deviez adresser un message aux acteurs français des ITS, lequel serait-il ?
Face aux diverses mutations liées à la transformation digitale de nos écono- mies en Afrique, et particulièrement la nécessité du renforcement du secteur des transports, nous souhaitons effecti- vement lancer un appel.
Le continent africain devra faire face dans les cinquante prochaines années à des défis jamais relevés. C’est une opportunité pour les entreprises et les pouvoirs publics de permettre l’émergence de solutions qui favoriseront l’apparition d’un « citoyen nouveau ». Un citoyen qui aura un autre rapport à sa ville et une façon « plus intelligente, plus durable et plus efficace » de se déplacer.
C’est donc le moment pour les entre- prises françaises, qui ont un savoir-faire avéré, de venir développer des projets de partenariat ou d’expérimentation, en collaboration avec des start-ups locales et de présenter le portefeuille de solutions que les ITS peuvent offrir à nos différents pays. C’est l’occasion pour moi de toutes les inviter au premier congrès ITS Côte d’Ivoire, prévu les 22 et 23 juin à Abidjan. Nous vous attendons !

 

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