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Stratégie des territoires

Comment initier le changement de mobilités

FOCUS SUR PARIS

La Mairie de Paris est résolument engagée dans une démarche environnementale et tout particulièrement sur la qualité de l’air qui constitue un enjeu prioritaire de santé publique. Pour cela, elle s’engage, de manière transversale, dans une stratégie globale.

Par Séverine CACHOD, ancienne chargée de mission Stratégie & développement des Politiques en faveur de l’Air et Prospective mobilités durables – Ville de Paris

 

Selon l’OMS, la pollution est res­ponsable de l’augmentation de maladies et décès. A l’échelle de la métropole du Grand Paris, la pollution de l’air tue chaque année (6 500 morts).

Comme les grandes villes mondiales, Pa­ris lutte contre cette pollution protéiforme. Avec 28 millions de déplacements par jour, 2 millions de résidents et plusieurs millions de visiteurs, cet objectif prend la dimension d’une question sanitaire et sociale majeure. En effet, plus de 1,5 millions de Franciliens sont exposés à des niveaux de pollution ir­respectueux de la réglementation. Environ 300 000 habitants, à côté de grands axes de circulation, sont impactés par un dépasse­ment de la valeur limite journalière de PM10. 11,5 millions de Franciliens sont concernés par le dépassement de l’objectif de qualité des particules fines PM2.5. Plus d’un parisien sur 2 est exposé au dépassement de la valeur limite annuelle en NO2.

A Paris, le secteur des transports est le pre­mier secteur d’émissions, notamment à par­tir des parcs de véhicules diesels. Il est donc indispensable de réduire son influence. Ain­si la politique de mobilité de la Ville de Paris est une combinaison complexe de plusieurs solutions, agissant sur l’espace urbain et les comportements en rééquilibrant l’espace pu­blic au bénéfice des modes de déplacements alternatifs. En outre, la circulation métropoli­taine doit progressivement s’établir au béné­fice des véhicules les moins polluants.

ACCOMPAGNER LES CHANGEMENTS DE COMPORTEMENT

Depuis 2015, la Mairie de Paris accompagne le renoncement à une voiture particulière pour d’autres modes de déplacement plus vertueux. Les particuliers sont encouragés vers les usages du vélo, des transports en commun. Les professionnels parisiens et petite couronne sont soutenus pour acquérir un vélo, tricycle à assistance électrique, d’un deux-roues motorisé électrique, ou encore acquérir ou louer un véhicule utilitaire élec­trique ou GNV. Les gestionnaires d’habitats collectifs sont aidés pour l’installation d’abris vélos ou de bornes de recharges électriques Ces dispositifs viennent compléter les offres de services partagés (Velib2, Autolib’, Utilib’ et Service de Voitures Partagées).

En outre, la Ville de Paris contribue au déve­loppement des transports en commun via une dotation annuelle de 350 millions d’eu­ros auprès d’Ile de France Mobilité. La Ville porte avec la RATP la maitrise d’ouvrage pour le prolongement du tramway T3, cofinance, outre le T3, le prolongement des lignes de métro 11, 14 et le RER E (Éole). Enfin, la ville s’est engagée dans le déploiement de 2 lignes de bus à haut niveau de service (rocade des gares et quais hauts de la Seine). En outre, la Ville vise une offre de transport en commun sans diesel d’ici 2025 (électriques ou GNV), en développant des infrastructures d’avitail­lement en énergie.

La Mairie de Paris souhaite encore faire évo­luer son dispositif en renforçant des aides existantes et en ajoutant de nouvelles aides. Ainsi la voiture trouvera une nouvelle place, aux côtés d’autres services de mobilités plus durables.

PREMIÈRE ZONE DE CIRCULATION RESTREINTE

Les collectivités disposent de compétences et d’outils pour améliorer la qualité de l’air no­tamment en matière de mobilité et d’aména­gement. La loi relative à la transition énergé­tique pour la croissance verte permet la mise en place de ZCR. Dans ces zones, la circulation des véhicules les plus polluants est restreinte selon des modalités définies par la collecti­vité. L’identification des véhicules concernés par la ZCR se fonde sur les certificats qualité de l’Air Crit’Air (CQA).

La Ville de Paris a instauré une ZCR parisienne pour une durée de 5 ans. Depuis janvier 2017, tout véhicule non éligible à un CQA (véhi­cules « non classés ») est concerné. Et depuis juillet 2017, les véhicules de classe 5 sont éga­lement restreints.

La Ville de Paris prévoit ainsi d’interdire pro­gressivement les véhicules les plus polluants pour qu’entre 2020 et 2024, seuls les véhicules répondant aux critères de pollution les plus exigeants puissent circuler à Paris.

LE PLAN CLIMAT AIR ENERGIE

Le nouveau Plan Climat Air Energie Territorial (Conseil de Paris – novembre 2017) souhaite faire de Paris une ville neutre en carbone et 100 % énergies renouvelables en 2050. Pour cela, il propose des actions d’accélération d’ici 2020, des objectifs opérationnels pour 2030 et une vision de Paris en 2050. Ce plan implique des actions pour la qualité de l’air. Ainsi, la sortie des véhicules diesel est projetée en 2024 et essence en 2030. D’autres réflexions et travaux conjoints avec la Métropole du Grand Paris seront étudiés, en vue de la création d’une ZCR métropolitaine, pour en faire une zone à basses émissions. Paris a pour objectif d’être une capitale plus accueillante pour les cyclistes et des études seront réalisées visant la transformation du boulevard périphérique et des autoroutes métropolitaines. L’Agence Parisienne du Climat renforcera la mobilisa­tion collective globale.

LA STRATÉGIE DE RÉSILIENCE

La stratégie de résilience (Conseil de Paris – fin septembre 2017) vise à mieux prévenir et adapter la ville face aux défis du XXIe siècle. L’un des 6 enjeux porte sur la lutte contre la pollution de l’air, stress chronique à long terme. Pour y répondre, construire et amé­nager la ville du XXIe siècle est impératif, ainsi il faut privilégier une logique intégrée. Dans trop de villes encore, les infrastruc­tures sont construites au détriment des habitants et des quartiers. Les autoroutes urbaines incarnent parfaitement ce phé­nomène d’où l’ambition de mener une ré­flexion partagée sur l’organisation du trans­port routier via notamment les autoroutes urbaines progressivement transformées au profit d’autres usages.

GLOBAL URBAN AIR POLLUTION OBSERVATORY (GUAPO)

La Maire de Paris et le Président de la Métro­pole du Grand Paris ont oeuvré pour la créa­tion d’un observatoire mondial de la qualité de l’Air. Conçu comme un hub mondial, le GUAPO est un réseau multilatéral de coopé­rations qui vise :

  • le partage de connaissances, transfert de compétences sur la pollution de l’air et ses effets sur la santé
  • l’identification et le suivi des progrès obte­nus en termes de réduction de la pollution urbaine (impacts sanitaires & environne­mentaux)
  • la diffusion de bonnes pratiques en ma­tière d’orientations stratégiques et opéra­tionnelles développées par les villes et les métropoles, en termes de réduction de la circulation routière & des véhicules les plus polluants
  • une place à la société civile en se consti­tuant comme un outil participatif et inclusif.

D’ores et déjà, des organisations (OMS, OCDE, Agence européenne de l’environne­ment), fondations médicales, organismes de recherche sont engagées, au côté des villes et métropoles (Abidjan, NY, Londres, Madrid, Rotterdam-La Haye, Tokyo et Sofia,

La Mairie de Paris développe une véritable stratégie globale et transversale adaptée aux différents enjeux environnementaux, dans l’objectif de réduire la part d’émissions de polluants. L’ensemble des politiques de mobilités de la Mairie de Paris visent pleinement à améliorer la qualité de l’air et concours ainsi à réduire les impacts en matière sanitaire, économique et sociétale. Cette démarche participe elle-même de la lutte contre le changement climatique.

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