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éditorial

Luc CHATEL, Ancien ministre – Président de la Plateforme Automobile (PFA)

Ancien ministre
Président de la Plateforme automobile (PFA)

« Cette révolution des mobilités s’accompagne d’une révolution des infrastructures »

 

Il importe de le souligner d’emblée : nous tournons aujourd’hui la page de plus d’un siècle de certitudes dans le secteur automobile.
Car l’automobile n’a pas seulement constitué le cœur de la seconde révolution industrielle. Plus que cela, elle a façonné la France du XXème siècle. Elle a non-seulement forgé le modèle de l’industrie moderne, mais elle a aussi dessiné nos paysages et notre imaginaire, aménagé le territoire en présidant aux tracés de nos routes et de nos infrastructures routières.
Aujourd’hui, ce modèle, comme nos certitudes, a volé en éclats.
Nous faisons face, désormais, à une triple révolution comme jamais l’automobile n’en a connu depuis sa création. Une disruption technologique d’abord, liée notamment à l’agenda environnemental, avec le véhicule électrifié, le moteur électrique et l’évolution du mix énergétique qui vont profondément impacter l’ensemble de la filière. Une disruption digitale, ensuite, avec le véhicule connecté, intelligent et autonome. Une disruption sociétale, enfin, avec de nouvelles offres de mobilité et une évolution profonde du rapport à la voiture.

Pendant 100 ans, nous avons produit des véhicules particuliers, à moteur thermique et pilotés. Nous nous dirigeons demain vers des prestations combinées de mobilités, opérées par des véhicules électriques ou électrifiés, connectés, autonomes et partagés.
Et cette révolution des mobilités s’accompagne de nouveau, inévitablement, d’une révolution des infrastructures, des routes comme de nos territoires.

Industriels de l’automobile et professionnels de la route font face aux mêmes défis.
La voiture est déjà, aujourd’hui, la reine du logiciel. En moins de trente ans, la place du logiciel dans une voiture a été multipliée par plus de cent. Si l’on raisonne en nombre de lignes de codes, on peut dire désormais qu’il y a plus de huit Boeing 787 ou quarante télescopes Hubble dans une DS7 ou un Espace Renault.
Surtout, la voiture est en passe de devenir l’objet connecté le plus intelligent. Depuis les années 2000, on assiste, là encore, à une incroyable accélération : on est passé de l’encéphalogramme plat qui prévalait dans les années 90 à des centaines de mégabits qui s’échangent toutes les secondes dans un véhicule.

En réalité, cela ne fait que commencer. La prochaine étape sera très rapidement franchie avec le véhicule connecté et autonome, et nous devrons compter sur plusieurs dizaines de millions de lignes de code supplémentaires. Et la connectivité sera loin de se limiter à la communication entre véhicules, la voiture communiquera avec la route et les infrastructures.

Si le véhicule connecté et autonome constitue l’un des défis majeurs de l’industrie automobile, l’un des grands défis pour les entrepreneurs et les entreprises des équipements de la route, c’est le développement de la route intelligente.

La route sera intelligente, elle sera aussi écologique, actrice de la bataille pour le climat. Le développement de nouvelles motorisations et, en particulier, de l’électrification du parc de véhicules, s’articulera avec des infrastructures dotées de revêtements soucieux d’une meilleure efficacité écologique et dotées de bornes de recharge. Avec le contrat de filière que la filière automobile a signé avec l’Etat en mai dernier, nous nous sommes fixés l’objectif sans précédent de multiplier par cinq en cinq ans les ventes de véhicules électriques, ce qui permet d’envisager à l’horizon 2022 un parc d’un million de véhicules 100% électrique et hybrides rechargeables – c’est la dimension du parc européen en 2018. L’Etat, lui, s’est engagé à multiplier par cinq le nombre de bornes de charge, pour le porter à 100.000. C’est là, un autre défi pour les entrepreneurs de la route.

Chacun comprend dès lors que, face à de telles disruptions, s’impose un changement radical d’approche et de méthode. Jouer collectif est devenu une exigence, parce que face aux défis qui sont les nôtres, aucun acteur ne s’en sortira seul. Mais aussi décloisonner : il est urgent de passer des logiques de verticalité à des approches agiles et horizontale, associant tous les acteurs amont/aval, transport individuel/public, véhicules/infrastructures…

Résumons d’un mot : la révolution de la mobilité, c’est d’abord un défi collaboratif.
C’est tout le sens des accords de coopération que nous avons signés, en présence de la ministre des Transports, le 23 septembre dernier, entre la Plateforme automobile, qui rassemble la filière automobile en France, et Routes de France.

L’objectif est de rapprocher notre vision prospective sur la mobilité et ses nouveaux usages, faciliter la coopération technique sur les interactions entre le véhicule et l’infrastructure et d’unir nos forces pour répondre aux défis de la transition écologique et énergétique.

Il s’agit, par ailleurs, de partager cette vision commune avec les pouvoirs publics, au plan national, mais aussi au cœur des territoires, au plan local (collectivités locales, autorités organisatrices de mobilité), qu’il s’agisse des usages futurs du véhicule et des infrastructures, ou des développements en cours et perspectives de recherche.

Nous devons transformer chacun des défis que nous avons en partage, en autant d’opportunités pour se transformer, pour se réinventer. Et nous devons le faire ensemble.
La France été un grand pays de l’automobile au XXème siècle, l’enjeu n’est rien moins que de figurer parmi les leaders des mobilités du XXIème.

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