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POINT DE VUE

Marc PAPINUTTI

Ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts, Marc PAPINUTTI était depuis 2017 directeur de cabinet de la Ministre chargée des Transports. Il est désormais à la tête de la Direction générale des Infrastructures, des Transports et de la Mer (DGITM) au Ministère de la Transition écologique et solidaire.

« Déployer dans les territoires, des mobilités propres, sûres, économiques, efficaces et soutenables »

 

Vous avez été nommé le 13 février dernier Directeur général des Infrastructures, des Transports et de la Mer (DGITM). Votre structure assure un rôle fondamental dans le portage de l’ensemble des politiques publiques pour les transports, quelle est votre vision de la mobilité et de ses principaux enjeux ?

La mobilité est, à mon sens, au cœur des enjeux de société. Elle contribue à la qualité de vie des citoyens, à l’attractivité des territoires, à la performance économique de nos entreprises et de nos organisations.
Elle est également bien identifiée par les Français et les acteurs économiques, y compris lorsqu’elle fait défaut où qu’elle ne répond pas à leurs attentes, crée ou accroît les inégalités sociales, isole les territoires, ou encore affaiblit la compétitivité économique des entreprises.
Les enjeux structurants de la mobilité sont multiples. On peut citer celui de la performance économique des entreprises, qui doivent organiser leurs échanges de biens (approvisionnements et expéditions) dans les meilleures conditions et bénéficier de la dynamique des bassins d’emplois pour lesquelles la notion d’accessibilité est déterminante.
L’enjeu environnemental est tout aussi important. Le transport en général (des biens et des personnes) est générateur de nuisances, c’est un fait. Pour que le développement de la mobilité préserve les droits des générations futures, les efforts de transition engagés doivent être amplifiés en direction d’une mobilité propre et soutenable. Il s’agit par exemple d’encourager les mobilités actives, de mutualiser les moyens de transport afin d’optimiser chaque déplacement, de renforcer l’intermodalité pour que chaque étape soit organisée dans les meilleures conditions, ou encore d’améliorer les chaînes logistique.
La sécurité au sens large est également un enjeu essentiel, pour les personnes, pour les biens et pour les services délivrés, tout comme l’accessibilité, qui permet à chaque individu, à chaque entreprise, à chaque territoire de développer son projet.
Enfin, n’oublions pas que la politique de mobilité est également une des grandes politiques publiques à l’échelon européen.

Par ailleurs, la mobilité est portée par un secteur économique de premier plan, reconnu à l’international, qui intervient au niveau de la construction, de l’entretien et de l’exploitation des infrastructures comme celles des services de transport.
LA DGITM est ainsi en première ligne sur ces dossiers, le plus souvent dans le cadre de démarches interministérielles et en relation avec de nombreux partenaires.

La DGITM va accompagner d’importantes transformations en particulier liées au projet de loi d’orientation des mobilités. Concrètement quelle sera votre mission dans cette mise en œuvre ?

La mobilité s’inscrit dans la volonté réformatrice du gouvernement afin de s’adapter aux enjeux du XXIème siècle. Le parlement a déjà adopté l’an dernier la loi pour un nouveau pacte ferroviaire. Cette loi sectorielle est actuellement en cours de mise en œuvre.
La LOM constitue quant à elle une nouvelle étape historique de notre politique générale des transports, plus de trente ans après la loi Loti. Elle précise et renforce notamment les échelons de gouvernance locale, car les solutions de mobilité doivent être conçues, déployées et exploitées au plus près des usagers et des besoins. Les autorités organisatrices de la mobilité sont dans ce domaine, les éléments moteurs de notre organisation territoriale.
Ce texte permet également d’intégrer la révolution numérique, et en particulier la place centrale qu’occupent dorénavant les données dans les systèmes de transport aux niveaux techniques, organisationnels, économiques et juridiques.
La LOM va libérer les initiatives pour que des systèmes de mobilité innovants puissent être expérimentés puis déployés, par les collectivités locales et avec les usagers concernés à la bonne échelle de territoire.

Ce projet de loi, est le fruit des nombreuses concertations qui ont eu lieu dans les territoires, mis en forme par les services du gouvernement (sous la coordination de la DGITM).
Toutes les équipes de la DGITM, ont été mobilisées pour accompagner ce projet : que ce soit dans l’organisation des concertations ou dans la mise au point du texte.

Une fois le texte adopté, un travail réglementaire sera engagé ainsi qu’un travail que nous pourrions appeler le « SAV » de la loi, c’est-à-dire le portage du texte auprès de tous les acteurs et de tous ses bénéficiaires, afin qu’ils se l’approprient et l’intègrent dans leurs pratiques quotidiennes, dans leurs actions professionnelles ou dans l’exercice de leur mandat.

La DGITM contribue non seulement à fabriquer la loi, mais a également pour mission d’agir avec et aux côtés de tous les acteurs de la mobilité (entreprises, collectivités…) Comment définiriez-vous cet écosystème de la mobilité, quel rôle joue-t-il selon vous?

Je tiens à dire que l’écosystème français de la mobilité est très dynamique. Des organisations existent et se parlent dans divers cadres consultatifs, associatifs, réglementaires, permanents ou temporaires, à l’échelle de territoires, de projets, ou de politiques. Des autorités nationales et locales, des services administratifs, des usagers, citoyens et des entreprises, des associations, des instituts de recherche, des pôles de compétitivité, s’y retrouvent. C’est une richesse !

Cet écosystème s’est largement mobilisé à l’occasion des Assises de la Mobilité et nous savons que nous pouvons compter sur son engagement pour poursuivre le travail dans les étapes à venir de mise en œuvre des nouvelles dispositions législatives et réglementaires.

L’association ATEC ITS France, au travers de son projet Mobilité 3.0, a été un intervenant très constructif et se mobilise maintenant dans le projet fédérateur « France Mobilités », lancé par la Ministre des transports, notamment dans le cadre de la mise en œuvre de la plateforme d’échange sur les solutions innovantes de mobilité : francemobilites.fr

De manière générale, c’est en travaillant au sein de cet écosystème que nous réussirons notre projet : celui de déployer dans les territoires, des mobilités propres, sûres, économiques, efficaces et soutenables.

Très concrètement, pour accélérer le déploiement des solutions de mobilité sur le territoire national, l’écosystème de la mobilité est indispensable pour partager les informations, faire remonter les succès ainsi que les difficultés rencontrées, mais également soutenir le déploiement des bonnes solutions au travers des retours d’expériences des expérimentations et l’élaboration de référentiels.

L’écosystème porte également une histoire et une culture des transports et de la mobilité, reconnues internationalement d’un point de vue technologique, des solutions et des organisations. À mon sens, il doit se mobiliser collectivement sur le développement de ses activités à l’international.

L’innovation est l’un des axes stratégiques de la DGTIM, quelles sont vos initiatives et vos projets pour développer des solutions innovantes en matière de mobilité ?

L’action du gouvernement passe tout d’abord par des appels à projets avec des approches très complémentaires. Il existe d’une part les AAP soutenus par le Programme d’investissements d’avenir (PIA) qui permettent de soutenir ou financer des projets de recherche-développement et innovation. Et d’autre part, ceux mis en œuvre dans le cadre de France Mobilité qui permettent d’accompagner au niveau législatif ou réglementaire des porteurs ayant besoin de déroger à la loi.

Le projet de LOM fait largement la place à l’innovation. Notamment dans le champ des données, en poursuivant le développement de leur ouverture : ce sont ces nouveaux champs des possibles qui vont stimuler l’innovation en matière de services.

Cette volonté voulue par nos ministres s’est traduite récemment par la création au sein de la DGITM d’une mission « innovation, numérique et territoire ». Elle a le double objectif de porter à l’extérieur la démarche France Mobilités, tournée vers l’innovation et les nouvelles mobilités, et en interne, de soutenir les projets d’innovation et à encourager l’élaboration de solutions transversales.

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