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Editorial du dossier

Nicolas Nuyttens, Chef du Groupe observation, analyse et modélisation des mobilités – CEREMA

« LA DONNÉE DOIT ÊTRE DE QUALITÉ ET RESTER DE QUALITÉ« 

 

Le volume des données mobilité qui nous entourent est devenu tel qu’il n’est plus guère possible à l’être humain de les analyser par lui-même, ni même à un ordinateur classique de les traiter aisé- ment. Sauf à s’en trouver dépassé ou ne pas réussir à le maîtriser, le Big Data est une véritable richesse qui contribuera à optimiser nos systèmes de mobilité. Il aidera à apporter des réponses plus ciblées aux besoins des usagers, en adéquation avec les en- jeux environnementaux et d’accessibilité de nos territoires. Alliant performances des technologies et des organisations, il est également source de compétitivité pour nos entreprises françaises. Et ces enjeux principaux concernent toute la chaîne des données relatives aux espaces publics/privés et à la mobilité: depuis leur génération certes, mais également jusqu’à leur usage final, en passant par leur collecte, leur stockage, leur partage, leur traitement et leur agrégation avec d’autres données.

C’est le foisonnement des données mobilité qui constitue aujourd’hui la source de tous les possibles. Si la loi pour une République nu- mérique du 7 octobre 2016 a largement favorisé l’ouverture et la circulation des données des administra- tions et des établissements publics tout en respectant la vie privée de leurs auteurs, ce serait vraisemblablement une erreur d’en rester là. Et l’Europe l’a bien compris en soutenant la libre circulation de la donnée comme élément clé du Marché Unique du numérique. Mais pas à n’importe quel prix, les maîtres mots restant sécurité, y compris cybersécurité, et protection de la donnée comme des architectures pour une valorisation optimale et responsable. C’est dans ce sens que, dès son arrivée le 25 mai 2018, le Règlement européen sur la protection des Données à Caractère Personnel dit RGPD s’appliquera. La donnée doit être de qualité et rester de qualité. Son format doit permettre de nouvelles exploitations. Et pour que chacun s’y re- trouve, c’est vers une juste répartition de la valeur et un partage équitable des ressources qu’il faut tendre car si la donnée est une pépite à la base, elle devient un véritable joyau, une fois appariée avec d’autres données. De nouveaux modèles socio-économiques sont à identifier, voire inventer sur des modes certes collaboratifs mais retraduisant au plus juste les questions de gouvernance associée.

Une fois les données disponibles, quel qu’en soit le support: observatoire, plateforme de gestion de données, chacun pourra alors les utiliser en toute responsabilité, apporter sa touche personnelle, son innovation, ses propres compétences, dans une optique vertueuse de création de nouvelles valeurs. Tous les métiers méritent alors de se côtoyer: des plus anciens garants des résultats techniques aux plus nouveaux comme les data scientists et les data analysts, des acteurs publics traditionnels aux acteurs privés. C’est là que se mêlent diverses compétences informatiques et divers métiers et aucun ne doit être mis de côté. Les enjeux de développement et de facilitation des compétences sont primordiaux pour éviter les exclusions numériques, sans oublier le commun des mortels.

Ne l’oublions pas, ce n’est pas une vision futuriste qui nous est donnée au travers ce dossier. Le Big Data est loin d’être nouveau et il a d’ores et déjà servi de bien nobles causes: meilleure connaissance et approche globale de la mobilité pour une meilleure évaluation des politiques et planification des déplacements, meilleure information de l’usager, meilleure exploitation, coordination et résilience des réseaux, meilleure gestion des flottes de véhicules, amélioration de la sécurité comme de la sûreté des déplacements. Peut-on en espérer encore beaucoup à l’avenir ? Bien sûr, ne serait-ce que pour intégrer de nouvelles données hors du champ de la mobilité comme des données météorologiques, énergies, qualité de l’air, urbanisme, propres à enrichir les outils de mobilité de demain. Pouvoir projeter et choisir ses modes de déplacements, compte tenu des événements prévus. Pouvoir coordonner au mieux les modes entre eux. Offrir à chacun des moyens de s’approprier sa mobilité en choisissant aisément ses déplacements et en les réglant via des applications simples du type smartphones. Adapter au mieux l’offre à la demande et au territoire. Garantir une sécurité et une sûreté par la combinaison de toujours plus d’assistances fiabilisées, avec pour horizon le véhicule autonome. Et l’être humain dans tout ça? Sera-t-il relégué à une seconde place? Dépassé par toujours davantage d’innovations et d’expérimentations ? Non, bien sûr, c’est précisément pour lui et par lui que tout ceci continuera d’évoluer, avec le souci permanent pour tous d’être en mesure d’évaluer ses actions dans une optique d’amélioration permanente et pour les autorités organisatrices de transports, les collectivités et les politiques de garder la maîtrise et l’organisation globale des déplacements sur leurs territoires: c’est probablement un des plus grands défis à relever.

La concertation menée dans le cadre des Assises Nationales de la Mobilité a identifié un besoin d’accélération de l’innovation autour du numérique. La future loi d’orientation des mobilités (LOM) est en pleine préparation. La mise à disposition des don- nées de transport devrait s’en trouver facilitée, et par la même occasion le développement d’innovations. Le Cerema apportera son assistance auprès de l’ensemble des acteurs pour les expérimenter, les évaluer et les capitaliser.

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