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Point de vue

Pascal BERTEAUD

Polytechnicien, ingénieur général des Ponts, des Eaux et des Forêts, Pascal Berteaud est à la tête du Cerema depuis mai 2018. Il nous livre son point de vue sur les grands enjeux de la mobilité et sur l’accompagnement nécessaire des territoires.

« Une approche globale de la gestion des réseaux est aujourd’hui nécessaire »

 

Le Cerema a organisé les 19 et 20 mars derniers sa Biennale des Territoires consacrée à « la vulnérabilité et à la résilience des réseaux de transport » qu’entendez-vous par résilience des réseaux ?
La France dispose d’un des réseaux de transports parmi les plus développés au monde. Les fonctionnalités associées à ces réseaux sont multiples : transport de personnes ou de marchandises, accès aux services de santé, aux commerces ou à l’éducation… L’importance de ces infrastructures dans l’économie nationale, mais aussi pour la vie locale, est très souvent sous-évaluée et cela se traduit par des défauts d’entretien ou de réhabilitation qui peuvent se révéler préjudiciables pour les territoires qui sont desservis. Être résilient pour un réseau de transport, c’est permettre de préserver ces fonctionnalités à long terme.
Dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint, les gestionnaires, notamment l’État et les collectivités territoriales, doivent apporter des réponses aux enjeux de mobilité et de sécurité des usagers, tout en préservant des réseaux adaptés à chaque territoire.
Pour cette Biennale des territoires 2019, évènement principalement au service des collectivités, le Cerema a choisi le thème de la vulnérabilité et de la résilience des réseaux de transport pour porter une vision plus systémique de la résilience, correspondant à sa posture d’expert public intégrateur dans les domaines de l’ingénierie territoriale. Concrètement, nous avons voulu montrer aux acteurs et aux décideurs des territoires que l’on ne pouvait plus traiter de manière distincte la gestion de crises liées aux évènements climatiques extrêmes, la prise en compte de la dégradation chronique des infrastructures ou encore la capacité d’un réseau à s’adapter à un futur complexe (changement climatique, nouvelles technologies, nouveaux usages…).
Une approche globale de la gestion des réseaux de transport est aujourd’hui nécessaire pour intégrer la connaissance de l’état des infrastructures et de leur vulnérabilité ainsi que la capacité d’adaptation aux différentes évolutions, qu’elles soient environnementales, économiques ou sociales.

La vocation du Cerema est d’apporter des connaissances, des savoirs scientifiques et techniques et des solutions innovantes au cœur des territoires. L’objectif de cette Biennale était « de permettre aux territoires de disposer d’outils pour poser les bases d’une réelle stratégie de gestion résiliente ». De quelle manière travaillez-vous avec les territoires ?
La gouvernance du Cerema est partagée entre représentants de l’Etat et représentants des collectivités. Son conseil d’administration est présidé par le représentant de l’association des maires de France. Notre établissement mutualise les réponses apportées en appui aux politiques publiques. Typiquement la question de la résilience des réseaux de transport concerne aussi bien l’Etat que les collectivités.
Nous accompagnons les programmes d’actions nationaux territorialisés tes que « action cœur de ville », les « contrats de transition écologique » ou « France mobilité ». Nous participons à leur élaboration, leur mise en œuvre et leur évaluation. Notre ancrage dans les territoires nous permet de détecter les difficultés, de partager les bonnes pratiques…
Nous intervenons en amont de la conception des projets en proposant une approche stratégique intégrée répondant aux spécificités des territoires, les politiques nationales doivent décliner avec un souci de faire sur-mesure, le prêt-à-porter ne fonctionne pas.
Nous proposons des partenariats aux territoires pour expérimenter, pour innover. Les résultats sont présentés et discutés dans le cadre de journées techniques, ou bien à l’occasion d’évènements tels que la Biennale des territoires. Ils peuvent être ainsi capitaliser et faire l’objet de publications qui sont accessibles à tous : par exemple notre « P’tit essentiel » sur la résilience des territoires. La résilience des réseaux est totalement interdépendante de la résilience des territoires concernés. Pour envisager une stratégie de gestion résiliente des réseaux, il est donc indispensable d’intégrer dans les politiques de gestion et de conception, l’ensemble des contraintes et perturbations qui affectent ces territoires.

Enfin, plus globalement et précisément sur la question de la mobilité, quels sont selon vous les principaux défis et enjeux des années à venir ?
Les Assises de la mobilité de l’automne 2017 ont permis d’identifier un large panel d’enjeux d’amélioration des mobilités du quotidien. Des solutions sont proposées dans la loi d’orientation des mobilités en préparation (LOM) et dans le cadre du plan d’actions France Mobilités porté par le gouvernement. J’ai signé une convention avec la ministre Élisabeth Borne pour formaliser notre partenariat autour du plan d’actions France Mobilités.
Le Cerema s’implique également avec les collectivités territoriales pour une vision stratégique des politiques d’aménagement et de mobilité, et ce à toutes les échelles : métropoles, villes moyennes (programme Action Cœur de Ville), territoires en zones peu denses (démarche d’animation et de conseil France Mobilités), en anticipation de la future mise en place de l’Agence nationale de cohésion des territoires ( ANCT).
Le défi des politiques de mobilité dans les agglomérations porte notamment sur une diminution de l’usage de la voiture individuelle, en particulier lorsqu’il n’y a qu’une seule personne à bord (« autosolisme »). Dans ces zones denses, vélos, marche, véhicules partagés, nouveaux engins de déplacements personnels, tels que les trottinettes électriques… complètent aujourd’hui les réseaux de transports collectifs urbains et non urbains. L’ensemble de ces services permet d’offrir une alternative crédible à la voiture, à des coûts acceptables pour tous lorsque les collectivités investissent pour une multi modalité de qualité.
Pour encourager les nouveaux usages, il est essentiel aujourd’hui de créer les conditions de leur déploiement, par des aménagements, leur mise en visibilité, des tarifications adaptées, et ce, dans une approche inclusive.
Le défi sera de réussir à adapter ces nouvelles solutions de mobilité (covoiturage, transport à la demande…) et les modes de tarification associés pour les rendre compétitives par rapport à la voiture individuelle dans certains territoires. Par exemple dans les territoires peu denses, mais également pour l’accès au cœur des agglomérations depuis leur périphérie, là où il n’existe pas aujourd’hui d’offre alternative à la voiture et où les solutions classiques de transports collectifs ne sont pas viables économiquement.
Le Cerema accompagne les collectivités pour la connaissance et l’expérimentation de nouveaux services. Dans une approche partenariale, l’objectif est de partager des résultats de mise en œuvre et d’évaluation sur différents territoires afin de comprendre comment les nouveaux services de mobilité peuvent compléter les réseaux de transports en commun ou comment les aménagements favorisent les modes alternatifs à la voiture. Nous construisons actuellement des partenariats sur deux sujets celui du covoiturage courte distance et celui les modes actifs.

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