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Point de vue

Yves Poilane, Directeur de Telecom ParisTech

Directeur de Telecom ParisTech depuis 10 ans, Yves Poilane est fortement impliqué dans le développement et la promotion du numérique dans l’industrie, l’enseignement supérieur et la société. Administrateur de la Conférence des Grandes Écoles, membre du Conseil National du Numérique, il est également Administrateur de l’Université Paris Saclay.

 

« UN AXE FORT SUR LA MOBILITÉ INTELLIGENTE S’IMPOSAIT »

Télécom ParisTech forme des ingénieurs prêts à relever les nouveaux défis de l’économie numérique. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi et comment vous avez placé le numérique au cœur de la formation et de la recherche ?

Télécom ParisTech, grande école généra­liste a été fondée en 1878 pour répondre à l’essor de la télégraphie électrique, puis du téléphone, de l’informatique, etc. Les développements dans la com­munication aidant, elle devient l’École Nationale Supérieure des Télécommu­nications, nom d’ailleurs inventé par le directeur de l’époque Edouard Estaunié. Elle est donc positionnée dans le nu­mérique depuis ses origines. Télécom ParisTech forme ses étudiants à innover et à entreprendre dans un monde deve­nu numérique. Ses enseignements et sa recherche intègrent toutes les disciplines des sciences et technologies de l’infor­mation et de la communication avec un ancrage sociétal fort, leur permettant de relever les défis majeurs du XXIe siècle. Son expertise internationale, originale et pluridisciplinaire se développe selon 6 axes stratégiques : big data, très grands réseaux et systèmes, confiance numé­rique, design-interaction-perception, modélisation pour le numérique, inno­vation numérique. Comme vous pouvez le voir, le numérique est bien au cœur de nos formations et de nos recherches. Je rajouterai que parallèlement à nos formations initiales, nous développons avec nos enseignants chercheurs, un grand nombre de formation continue sous la marque Télécom Evolution. Té­lécom ParisTech, École de l’IMT (Institut Mines-Télécom), est membre fondateur du réseau ParisTech et se positionne comme le Collège de l’Innovation par le numérique de Paris Saclay dont l’am­bition est de devenir l’un des premiers pôles d’innovations mondiaux.

Vous avez fait le choix de développer un axe fort autour des questions de la mobilité intelligente. Pourquoi une telle démarche, pour quel besoin : que proposez-vous concrètement ?

Les demandes croissantes émanant d’entreprises pour des travaux de re­cherche, de formation sur des sujets tels que big data, cloud, internet des objets, cybersécurité, ticketing, nous ont rapi­dement fait comprendre qu’un axe fort sur la mobilité intelligente s’imposait. Nous avons fait du secteur Transport Mobilité un domaine d’application stra­tégique dans notre souhait de soutenir l’industrie de la Mobilité française qui comprend des leaders mondiaux dans leur domaine que ce soit au niveau des constructeurs, des opérateurs, des so­ciétés d’ingénierie. Nos participations actives au sein du pôle MOVEO, de l’IRT SYSTEMX, de l’ITE VEDECOM, de l’Insti­tut de la Mobilité Durable de Renault et d’autres structures, nous ont permis de développer notre offre de recherche et formation pour la mobilité en jouant sur la multidisciplinarité de nos laboratoires de recherche. C’est ainsi que nous avons créé, il y a 2 ans, le MOOC « Challenge et enjeux de la mobilité 3.0 » en partena­riat avec ATEC ITS France et la Mission Transports Intelligents (du Ministère en charge des transports) qui a été suivi par environ 8000 personnes (accès gratuit sur la plateforme FUN du Ministère de l’enseignement). D’autre part, dans le cadre de nos formations continues sous la marque Télécom Evolution, nous pro­posons 8 séminaires spécialisés liés à la mobilité intelligente qui traitent du véhi­cule autonome, de la ville intelligente, du transport public, de la télébillettique, des communications et localisations pour les STI, dont certaines en partenariat avec VEDECOM et l’ESTACA.

Enfin, en partenariat avec l’école PONTS ParisTech, nous avons lancé en septembre 2017 un Mastère spécialisé SMART MOBILITY: transformation numérique des systèmes de mobilité. Il propose une formation de haut niveau assurée par des enseignants des deux écoles se situant au croisement de deux mondes profes­sionnels : le domaine des transports et le secteur des technologies de l’information. Une vingtaine d’étudiants suivent ce cur­sus qui se déroule sur 15 à 17 mois dont 11 mois de cours en alternance 100 % en anglais et 4 à 6 mois de stage de thèse professionnelle en entreprise.

L’un des principaux enjeux de la mobilité intelligente est la question des données, du big data : comment prenez-vous en compte cet enjeu majeur ?

Télécom ParisTech est l’une des pre­mières écoles d’ingénieurs à s’être in­vestie dans le big data à travers ses 50 enseignants chercheurs, ses 50 docto­rants, ses 4 chaires dédiées au Big data en partenariat avec de grandes entreprises dont certaines de l’écosystème ITS, ses 3 Mastères Spécialisés, ses formations continues de notre service Télécom Evo­lution : 2 MOOC, 2 formations certifiantes, 9 modules de formation spécialisée. Nos équipes sont partenaires de nombreux projets de recherche, comme par exemple NORMATIS coordonné par l’ITE VEDE­COM. Ce projet s’appuie sur une plate­forme de service big data: TeraLab issue du programme investissement d’avenir et portée par l’IMT et le groupe des Écoles nationales d’Économie et Statistique. Nos équipes travaillent sur les aspects ma­chine learning, text mining, visualisation des données massives, algorithmes, IA., mais aussi sur les données personnelles. Ces données sont définies sur le plan juri­dique comme toute information concer­nant une personne physique identifiée ou pouvant être identifiée directement ou indirectement. Elles sont collectées par de nombreux acteurs : constructeurs automobiles, assureurs, équipementiers, centres de maintenance, gestionnaires d’infrastructure, gestionnaires de trafic routier et ferroviaire, collectivités territo­riales. A cet égard, l’équilibre reste à trou­ver entre, d’une part l’usage des données personnelles rendues souhaitables ou nécessaires par les impératifs d’intérêt général (sécurité routière, gestion du tra­fic, covoiturage, innovation à partir des données générées, etc.) et d’autre part, la protection des droits fondamentaux des citoyens. Voilà une problématique sur laquelle travaillent des chercheurs de la chaire de Télécom ParisTech : «Valeurs et Politique des Informations Person­nelles ».

On parle beaucoup de l’arrivée des voitures autonomes. A ce sujet vous menez une chaire « voitures connectées et cybersécurité » : quel est son objectif ?

Nous avons créé, à la demande d’indus­triels partenaires, la chaire « Connected Cars & Cyber Security ». Ces cinq grands acteurs du monde de l’entreprise : Re­nault, Wavestone, Nokia, Thales, Valéo, à l’origine de cette chaire, collaborent étroi­tement avec notre équipe pluridiscipli­naire pour créer un écosystème unique avec l’ambition de faire de cette chaire une référence mondiale en recherche et en formation dans le domaine de la cybersécurité de la voiture connectée et autonome. Les travaux de la chaire se concentrent sur 5 axes : cybersécurité, analyse de risques et sûreté de fonction­nement ; Protection des données et des flux en temps réel, cryptographie et agili­té ; authentification, identité et empreinte comportementale ; résilience « by de­sign » ; confiance, données personnelles et véhicule connecté.

Vous travaillez régulièrement avec les acteurs des ITS (entreprises, industriels), si vous aviez un message à faire passer à l’écosystème de la mobilité intelligente, lequel serait-il ?

L’écosystème ITS se doit de comprendre et d’analyser cette transition vers une mobilité de plus en plus intelligente mais elle représente aussi un défi pour nous académiques. Les nouvelles probléma­tiques de la mobilité, ses conséquences techniques, sociales et économiques sont au coeur des réflexions de l’école Télécom ParisTech. Il y a une double lo­gique de recherche et d’action, il y a une prise de risque conjointe entre les acteurs industriels de l’écosystème qui décident d’explorer des champs nouveaux et prennent un risque économique majeur et des équipes de recherche qui acceptent de jouer la carte de la pluridisciplinarité, c’est-à-dire l’articulation entre sciences exactes, sciences humaines, sciences économiques et sciences sociales.

Je crois beaucoup au développement de partenariat, en particulier à ces plate­formes partenariales comme les chaires (nous en avons 12 à Télécom ParisTech). Elles ancrent nos travaux dans la ré­alité, c’est une fertilisation croisée de réflexions entre académiques et indus­triels. Cette approche pragmatique est la clé qui permettra aux entreprises des ITS la réalisation de projets innovants.

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